Rappel du premier message :
Prologue
Iuul n’était pas consciente de ce qui lui arrivait. Elle sentait une énorme boule dans la gorge et son coeur battait sourdement dans ses oreilles. Elle jeta un coup d’oeil derrière elle et éclata en sanglots.
Chapitre 1
Iuul était assise au bord du grand rocher, et admirait les montagnes au loin. C’était une fille d’haute taille et très mince, avec des cheveux roux et des yeux verts. Son teint était pâle et ses mains fines. C’était une personne intelligente, maligne et rapide. Elle était habituellement habillée d'une petite tunique rouge et d'un pantalon vert foncé, en tissu très fin. Son père vint s’asseoir à côté d’elle et noua ses bras autour de sa taille.
« Tu devras être forte, lui dit il.
- Pourquoi papa ?
- Je pressens un tourment pour nous tous. Et pour toi. »
Iuul se tut. Son père avait rarement des vues sur le futur, mais quand il en avait, Iuul l’écoutait et sentait sa gorge se nouer car les vues ne sont jamais de bonne augure.
« Mais, qu’est ce que tu as vu cette fois ?
- Un grand mal, Iuul, un grand mal. Bien plus que tous les autres que tu as déjà vécu. Et plus que jamais, tu devras être forte. »
Ils avaient ensuite continué à observer les montagnes, puis, quand les étoiles avaient commencé à briller, père et fille s’étaient dirigés vers leur maison. Iuul avait déjà oublié, comme les autres vues de son père.
« Mmm… De l’oie.
- Non.
- Du canard ?
- Non plus.
- Du… poulet ?
- Tu donne ta langue au chat ?
- D’accord.
- Du saumon ! »
Dans la cuisine, Iuul et la cuisinière Dissa s’amusaient. À chaque repas, la fillette devait deviner ce que la cuisinière avait fait pour le dîner. Et à chaque fois, Iuul n’arrivait pas à deviner.
« Un jour, j’y arriverait, dit elle en descendant de la table où elle était assise.
- Oh, ça, j’en doute pas. Tu as le don de ton père et tôt ou tard, il se manifestera un jour.
- Oui, mais ça fait longtemps que je devrais déjà l’avoir ! Peut être on s’est trompé et je ne l’ai pas !
- Ne dis pas de sottises. Le don mets du temps à venir, tu le sais. Et le jour où tu t’y attende le moins, il sera là ! dit Dissa d’une voix enjouée.
- Oui, mais qu’est que je fait en attendant ?
- Tu profite d’être encore qu’une enfant… Même si tu as douze ans !
- Oh, Dissa, s’il te plaît, refais le une autre fois !
- Encore ?! Je la'i déjà fai trois fois ! Non Iuul, une autre fois peut être.
- S’il te plaît !
- Bon, d’accord.”
Ravie, la fillette remonta sur la table et observa fixement la cuisinière qui la regardait dans les yeux. Puis, d’une voix profonde, la cuisinière dit d’une voix qui n’était pas la sienne :
“Ce n’est pas juste !
- Pars !
- Mais je veux rester avec toi papa !
- Iuul, s’il te plaît…”
Dissa toussa un long coup et regarda Iuul. Celle-ci était troublée, le teint livide et le visage apeuré.
- C'était papa et moi… murmura Iuul avec un fil de voix.
- Je te l’ai dit, Iuul, les coups d’oeil sur le futur ne sont pas un jeu. Mieux vaux ne rien savoir.”
Iuul acquiesça, distraite. Son esprit était ailleurs, comme la plupart du temps. Dissa soupira, et reprit d’une voix joyeuse :
“Et si tu m’aidais à mettre la table ?”
Le soir, Iuul se retournait plusieures fois dans son lit. Elle avait peur, mais elle ne savait pas pourquoi . Constatant qu’elle ne pourrait pas dormir cette nuit, elle enfila ses chaussures et sortit de la maison à pas feutrés. Son père n’aurait jamais voulu qu’elle sorte seule la nuit mais elle avait besoin de solitude et de calme.
Dehors, une petite brise fraiche carressa la joue d’Iuul, qui sourit mélancoliquement. Elle sentait une grande tristesse dans le plus profond de son être, un fardeau trop lourd pour qu’elle puisse le supporter.
Elle décida de se diriger au grand rocher, où elle pourrait observer les alentours et oublier ce qu'elle ressentait. Elle commença à marcher.
“Ce que je fais est ridicule, se disait elle. Je ne devrais pas être seule dehors, à cette heure ci. Papa va se fâcher et il ne me laissera plus sortir. Dissa et lui vont se faire un sang d'encre s'ils se réveillent.”
Mais même comme ça, elle continuait à marcher. Enfin, elle arriva au grand rocher, essouflée. Au lieu de s’asseoir en face des montagnes, comme le matin même, elle s’assit en face du village. Elle scruta durant longtemps les silhouettes des maisons et la fumée qui s’élevait de quelques cheminées. Iuul se sentait déjà beaucoup mieux. Elle allait rentrer quand elle elle posa son regard sur le ciel. Et là, son souffle se coupa.
Une myriade d’étoiles scintillantes brillaient dans le ciel d’encre. Iuul avait l’impression de plonger dans un univers de lumière, de se baigner dans un lac baigné par la lune. Elle avait l’impression d’être absente et présente au même temps. Et, inexplicablement, sa tristesse s’évapora.
Elle resta longtemps, là-bas, à observer le ciel puis son village. Elle cru percevoir une lumière dans sa maison. Elle plissa les yeux pour dicerner ce que cela pouvait être quand elle vit que ce n’était pas seulement sa maison qui était alumée, mais aussi toutes celles du village ! Pensant qu’on était en train de la chercher, Iuul courut le long du chemin qui menait au village. Elle trébucha, dérapa puis trébucha encore, sans s’arrêter. Elle était déjà près des premières maison. Elle allait crier pour leur dire où elle était mais le son mourut dans sa gorge. Les lumières qui illuminaient les maisons du villages étaient des flammes. Elle vit alors la masse de fumée noire qui s’élevait au dessus des maisons. Angoissée, elle accéléra sa course pour arriver jusqu’à sa maison qui se tenait à la lisière du village. Les flammes étaient là, vives et réelles, mais Iuul avait l’impression de vivre un cauchemard. Elle tambourina la porte de ses poings.
“Papa ! Papa ! Je suis là !
- Iuul ?” dit une voix derrière elle.
La fillette se tourna brusquement. Son père était là, le visage noirci et les cheveux roussis. Il tenait Étincelle, son cheval, par la bride. Iuul se jeta dans les bras de son père et, en sanglotant à moitié, elle lui demanda :
“Que s’est-t-il passé ?
- Iuul, écoute moi, nous n’avons pas le temps de parler. Prend Étincelle et pars d’ici, aussi loin que possible. C’est trop dangeureux pour toi.
- Mais, et toi ? Et pourquoi je ne peux pas rester ?
- Je ne peux pas te le dire ! Ils seront bientôt là !
- Mais qui ?
- Tu dois partir tout de suite Iuul.
- Ce n’est pas juste !
- Pars !
- Mais je veux rester avec toi papa !
- Iuul, s’il te plaît, fait ce que je te dit. S’il t’arrive quelque chose je ne me le pardonnerais jamais. Tu es trop jeune pour comprendre. Maintenant, pars !”
Iuul monta Étincelle, et, les yeux embuées, se tourna une dernière fois vers son père.
“Papa…
- Chut, ma chérie, écoute moi. Va à Port-Tamessy, la Cité des Lueurs numéro 787. Cherche Adrien Toselder, c’est mon ami. Il t’aidera. Soit courageuse ma petite.
- Je te reverrais ?”
Il secoua tristement la tête et ajouta :
“Tu ne peux pas comprendre, Iuul, tu ne peux pas comprendre. Maintenant pars. Et n’oublie pas que je t’aime.”