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 « La peur au ventre » [Fiction]

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MessageSujet: « La peur au ventre » [Fiction]   Sam 18 Juin - 21:51


« La peur au ventre »

                    © Sunny




Victoire a seulement dix-neuf ans lorsque son pays entre en guerre. Le monde est en ébullition et elle n’est rien au milieu de ce cataclysme. Pourquoi cette guerre ? Pourquoi à cet instant précis ? Pourquoi lui ravit-on ainsi ses années de jeunesse. Ces questions se bousculent dans la tête de la jolie bretonne, mais personne ne peut y répondre. A son âge, on rêve de mener une vie insouciante, d’oublier le monde, de ne penser qu’à des choses futiles et sans importance. Malgré tout, elle va devoir faire face et devenir adulte avant l’heure…

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MessageSujet: Re: « La peur au ventre » [Fiction]   Sam 18 Juin - 21:55


    Première Partie : le temps de l'insouciance.


    CRÉDIT - CSS



      CHAPITRE UN.


        Novembre 1937 – Vannes


    Dans l’effervescence matinale, deux adolescents parcouraient une des rues les plus fréquentés de la ville. Le duo n’était pas vraiment discret. En effet, le jeune homme ne saisit de pousser des exclamations et la fille qui l’accompagnait le fixait, l’air peu convaincue par ses propos. Malgré cela, les passants ne faisaient pas vraiment attention aux deux jeunes gens, habitués à les voir passer dans le coin. Tous les matins, Victoire et Loïc parcourait cette rue. La jeune fille se rendait au lycée, tandis que son meilleur ami l’y accompagnait. Lui, travaillait dans une petite épicerie non loin du lycée. Sur leur chemin, ils croisèrent deux jeunes hommes, qui ne se privèrent pas de lancer un regard appréciateur en direction de Victoire. Celle-ci fit semblant de ne rien avoir remarqué, même si elle se sentait secrètement flattée de l’intérêt que lui portait les jeunes hommes. Ils étaient de plus en plus nombreux à avoir ce genre d’attitude envers elle. Victoire avec de longs cheveux blonds frisées. Elle maîtrisait plutôt facilement ces jolies boucles qui encadraient son visage poupin. On pouvait s’accordait à dire que Victoire était belle, mais d’une façon quelque peu irréelle, d’où les regards appuyés qui s’attardaient souvent sur elle. Ses yeux bleus étaient posés sur son meilleur ami qui s’exprimait tout en faisant de grands gestes, comme à son habitude. Il s’exclamait :
    - Allez ! Souris un peu. On dirait que tu vas au bucher !
    - Ca revient au même, répondit Victoire d’une voix lasse.
    Tous les matins, c’était la même chose. C’était à reculons que Victoire se rendait à l’école. Elle n’aimait pas ce lycée dans lequel ses parents l’avaient inscrite depuis septembre. Toutes les élèves se montraient vaniteuses et insupportables. Elles parlaient de coiffure, de vêtement et de produits de beauté à longueur de journée. Victoire aurait tout donné pour pouvoir retourner dans son ancien lycée… Elle dit à Loïc :
    - Tu pourrais venir avec moi ! Avec toi, la journée passerait nettement plus vite !
    - Et, je ne me ferais pas du tout remarquer dans ton lycée de filles, lui répondit Loïc dans un éclat de rire.
    Victoire lui lança un regard noir. Oui, son plan était stupide, mais ce n’était pas une raison pour se moquer d’elle aussi ouvertement. Lentement, mais sûrement, ils avaient fini par arriver devant le portail du lycée.
    - C’est ici que nos chemins ce sépare, beauté. On se voit ce soir !
    Victoire n’eu même pas le temps de lui répondre qu’il avait déjà disparu. La jeune fille n’eu d’autre choix que de pénétrer dans la cour. Quand elle franchit le grand portail, il commença à pleuvoir. Génial… Cette journée allait être lamentable. Encore une…
    - Vic ! Attends-moi !
    Camille, une fille qui était dans la même classe que Victoire courrait déjà vers elle. La jeune fille soupira. Il était trop tard pour faire semblait de pas l’avoir entendu, l’intéressée n’était plus qu’à quelques mètres. Camille était la fille du préfet. Victoire n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi sûre de sa personne. Non, mais vraiment… Victoire ne pouvait pas la supporter. Camille fini par arriver à son niveau et lui dit :
    - Mon père devait me déposer en voiture, comme d’habitude, mais il a eu un empêchement de dernière minute. Du coup, j’ai du venir à pied ! Tu te rends compte ? J’ai dû traverser six rues ! C’était long !
    - Pauvre de toi, lui répondu Victoire d’une voix lasse, espérant que Camille comprenne à quel point tout ce qu’elle pouvait raconter ne l’intéressait pas le moins du monde. Mais, cela ne découragea pas la jeune fille qui continua sur sa lancée.
    - Je t’ai vu arriver avec Loïc !
    - C’était bien moi…
    - Tu viens souvent avec lui !
    - Oui, on peut dire ça…
    - Et vous êtes… ensembles ?
    Camille l’observait avec intensité. Elle avait l’air très fière d’elle d’avoir osé poser la question. Quelle cruche… Elle se délectait à l’idée l’allait colporter la nouvelle dans tout le lycée. Victoire lui répondit calmement :
    - Loïc et moi somment pratiquement nés ensembles. On est amis depuis toujours. C’est mon voisin. Donc, pour répondre à ta question, non, nous ne sommes pas ensemble et nous ne le seront jamais. Il est simplement mon meilleur ami.
    - Alors, il est libre ?
    Victoire comprit enfin où voulait en venir Camille. Comme ça, sa nouvelle cible était Loïc, son Loïc. La jeune fille se promit d’en toucher deux mots à son meilleur ami. Pas pour aider Camille, bien au contraire. Elle lui répondit :
    - Oui, il est libre. Tu peux tenter ta chance !
    La cloche sonna et Victoire saisit cette occasion pour tenter de s’éclipser. C’était peine perdue. Arrivée en classe, Victoire s’installa à sa place habituelle, près de la fenêtre, ce qui lui donnait l’occasion de rêvasser de temps en temps. Leur professeur d’histoire apparut. Il était accompagné d’une jeune fille qui avait apparemment le même âge que les filles se trouvant dans la classe… D’un geste, le professeur désigna la jeune fille et dit :
    - Je vous présente Louise, qui nous vient d’Alsace. Elle va étudier avec vous, à partir d’aujourd’hui.
    La nouvelle venue était très brune et avait les yeux d’un noir profond. Son regard balaya la classe. Elle semblait timide, presque craintive, une attitude qui intrigua Victoire au plus haut point. Le professeur l’invita à prendre place à côté de Victoire, c’était la seule place libre qu’il restait. Victoire enleva son sac, qu’elle avait posé sur la table voisine et adressa à la nouvelle élève un sourire poli. Celle-ci lui répondit par un sourire timide et prit place à côté de la jeune bretonne. Victoire n’était pas du genre à faire la conversation. Depuis qu’elle était dans ce lycée, elle était plongée dans un mutisme assez alarmant et ne parlait pas beaucoup avec les autres élèves. Pourtant, la jeune Louise l’intriguait et la jeune fille ressentait une impérieuse envie de la protéger. Elle avait l’air si fragile… C’est donc en chuchotant qu’elle commença à lui parler :
    - Tu es arrivée quand par ici ?
    Louise lui lança un regard surprit, mais eu l’air heureuse que sa voisine de classe s’intéresse à elle. Elle lui répondit en chuchotant, elle aussi.
    - Je suis arrivée à la gare de Vannes hier matin. Je loge chez ma tante, qui habite près du port.
    - C’est pas vrai ! Moi aussi, j’habite près du port ! Elle s’appelle comment ta tante ?
    Cette fois-ci, Victoire n’avait pas prit la peine de chuchoter et toutes les élèves s’étaient tournées vers elle. Le professeur dit :
    - Bien que je me doute que votre conversation est très intéressante, je vous rappelle que vous êtes en cours, mesdemoiselles.
    Louise rougit violemment, apparemment très gênée de se faire remarquer dès le premier cours. Victoire, quant à elle, ne répondit pas, mais s’affala sur sa chaise et attendit patiemment que la cloche sonne afin de continuer sa conversation.

    La journée passa beaucoup plus vite que Victoire ne l’aurait cru. Le midi, elle déjeuna avec Louise, ce qui lui évita d’avoir à supporter les conversations idiotes et intéressantes des autres filles de sa classe qu’elle supportait déjà depuis septembre. Au cours du déjeuné, Louise lui apprit qu’elle avait quitté l’Alsace pour la Bretagne par mesure de sécurité. L’Allemagne s’échauffait et cela inquiétait beaucoup ses parents. Ils habitaient si près de la frontière… L’idée d’une guerre était sur toutes les lèvres. Victoire fut surprise des dires de Louise. Une guerre ? Entre la France et l’Allemagne ? A son avis, ceux qui en parlaient étaient de vieux pessimistes qui n’y connaissaient rien en relations internationales. L’idée d’une guerre était absurde. Elle l’expliqua à Louise qui fit une moue contrariée, mais ne répondit rien. Elles parlèrent ensuite de la tante de Louise, qui se révéla habiter presque à côté de chez Victoire.
    - En fait, ta tante habite à côté de chez Loïc, qui, lui, est mon voisin. Donc, nous sommes presque voisines ! Il faut absolument que tu rencontre Loïc ! Tu le verras ce soir, il débauche quand nous sortons du lycée. On a pour habitude de faire le chemin ensemble.
    Louise adressa alors à Victoire un sourire radieux. Victoire était heureuse de pouvoir l’aider à s’intégrer et surtout d’avoir enfin une amie qui n’était pas ennuyeuses, ni vaniteuse, comme les autres filles du lycée. Quand la cloche annonçant la fin des cours sonna, Victoire entraina sa nouvelle amie vers la sortie. Loïc, comme d’habitude, l’attendait. Il l’observa arriver, en détaillant l’inconnue avec qui sa meilleure amie discutait. Victoire se chargea des présentations.
    - Louise, Loïc. Loïc, Louise, dit-elle en les désignant à tour de rôle. C’était la nièce de ta voisine, Lucienne, dit-elle en s’adressant à son meilleur ami.
    Loïc détailla à nouveau la nouvelle venue avant de dire :
    - Je ne savais pas que Lucienne avait une nièce, elle m’a dit qu’elle n’avait plus de famille sur cette terre.
    Le regard suspicieux qu’il lança à Louise irrita au plus haut point Victoire. Il lui dit sèchement :
    - Et pourquoi elle mentirait ? Si elle dit qu’elle est la nièce de Lucienne, c’est que ça doit être le cas. Arrête de voir le mal partout !
    Apparemment embarrassé de les voir se disputer à cause d’elle, Louise prit parole et expliqua :
    - Mes parents et Lucienne n’étaient pas en très bons termes. Il est possible qu’elle ne les considère pas vraiment comme faisant parti de sa famille. Pourtant, elle n’a pas hésité à m’accueillir quand ma mère le lui a demandé.
    Alors que ces explications auraient dû rassurer Loïc, celui-ci lança à la jeune fille un regard encore plus suspicieux et dit à Victoire :
    - C’est normal qu’elle a un accent de boche ta copine ?
    Cette fois-ci, trop c’était trop. Victoire s’écria :
    - Oui, c’est normal puisqu’elle est alsacienne et que l’accent alsacien ressemble très fortement à l’accent allemand, mais cela ne fait pas d’elle une allemande pour autant. Tu m’énerves, Loïc. Je te présente une nouvelle amie, qui en plus est nouvelle dans la région et toi tu lui fais un interrogatoire ! T’es vraiment insupportable quand tu t’y mets.
    Les beaux yeux bleus de Victoire lançaient des éclairs. Non, mais pour qui se prenait-il celui-là ? Loïc n’aimait pas les allemands, c’était un fait. Cela passait presque inaperçu puisque c’était le cas de beaucoup de français, mais ce n’était tout de même pas une raison pour agresser ainsi une pauvre innocente, qui, de plus, n’était pas allemande. Elle saisit le bras de Louise et dit :
    - Viens, on rentre. Je ne veux pas rester une minute de plus avec cet imbécile.
    Loïc les laissa partir, le regard encore furieux. Quand elles eurent traversé quelques rues, Louise dit doucement à Victoire :
    - Je suis désolée d’être à l’origine de tout ça. Ton ami doit m’en vouloir.
    - Tu n’as pas à être désolée ! Si tu savais combien de fois on se prend la tête, Loïc et moi ! Je te paris que demain, il va venir s’excuser de sa conduite. Sa fierté en prendra un coup, mais il viendra.
    - Oui, mais quand même…
    - Ne t’inquiètes pas. Loïc a un sale caractère, c’est pas nouveau. Parfois je me demande comment je peux passer autant de temps avec lui et être sa meilleure amie. Mais, on se connait depuis toujours, que veux-tu…
    Les deux jeunes filles, plongées dans leur conversation furent surprises d’apercevoir si vite le port. Elles étaient déjà presque arrivées chez elles. Avant de quitter sa nouvelle amie, Victoire lui lança:
    - Samedi soir, on sort avec Loïc. Ca te dirait de venir ? Je suis sûre qu’il se sera excusé et que tout sera rentré dans l’ordre d’ici là !
    - Je ne sais pas. C’est très tentant, mais il faut d’abord que je demande à ma tante…
    - Elle dira oui, il n’y a pas de raison ! Tu as bien le droit de t’amuser. Il n’y a rien de mal à aller danser. Je pourrais lui parler si tu veux !
    - Oui, on verra. Je t’en reparlerais. A demain Victoire !
    Louise adressa un large sourire à sa nouvelle amie. Elle semblait bien soulagée de s’être faite si vite une amie. Victoire lui répondit :
    - A demain ! Et, ne te tracasse surtout pas au sujet de Loïc. Cette petite histoire sera vite réglée.


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MessageSujet: Re: « La peur au ventre » [Fiction]   Dim 19 Juin - 17:23

      CHAPITRE DEUX.


    Lorsque Victoire entra dans la maison qui l’avait vu naitre, un cri retenti et un petit garçon se jeta sur elle. Il s’exclama :
    - Victoire ! Tu as mis longtemps à revenir ! Maman a dit qu’on devait t’attendre pour commencer les crêpes !
    Victoire eu un sourire attendri, ébouriffa les cheveux châtains de son petit frère et lui dit :
    - Espèce de petit gourmand. Va dire à Maman que je suis arrivée, tu auras sûrement la première crêpe.
    Le petit garçon accourut immédiatement vers la cuisine. Victoire regarda l’enfant s’éloigner. Elle ne se lassait pas de contempler son petit frère. Sa naissance avait été un véritable miracle. En effet, suite à la venue au monde compliquée de Victoire, le médecin avait prévenu Anne Le Gall, sa mère, qu’elle ne pourrait probablement pas avoir d’autres enfants. C’était avec tristesse que la jeune mère avait accueillit la nouvelle, elle qui rêvait d’avoir plusieurs enfants… Elle aurait tellement voulu donner un petit frère ou une petite sœur à Victoire… Au fil des années, Anne s’était fait une raison et avait porté son surplus d’amour maternel sur son unique enfant, qui ne s’en plaignait guère. Malgré tout, alors que Victoire avait douze ans, Anne tomba de nouveau enceinte. Quelques mois plus tard, le petit Pierre venu au monde. La naissance, au grand soulagement de toute la famille, se passa sans encombre. Plus tard, Anne décréta que le médecin qui avait donné naissance à sa fille n’était qu’un vieux pessimiste. Guidée par la bonne odeur qui émanait de la pièce, Victoire entra à la suite de son frère dans la cuisine. C’était la pièce qu’elle préférait dans la maison, après sa chambre, bien entendu. La cuisine avait été peinte en jaune et en rouge, des couleurs chaudes, qui apportaient de la gaieté à cet espace convivial. Rien ne valait les instants passés dans cette pièce. Victoire n’avait que dix-sept ans, et pourtant, elle avait déjà de très beaux souvenirs. Sa mère était aux fourneaux et faisait sauter une crêpe dans la poêle réservée à cet usage. Pierre ne tenait plus en place et observait sa mère avec intensité. Le petit garçon était bien décidé à avaler la première crêpe et à ne laisser personne se mettre entre lui et cette crêpe. Comme d’habitude, Victoire fut attendrie par la volonté farouche de son petit frère. Du haut de ses cinq ans, il obtenait facilement ce qu’il désirait. Il était semblable à sa sœur, au même âge… Attablée à la table ronde se tenait Marie Texier, la grand-mère maternelle de Victoire et Pierre. Elle habitait avec sa fille, son gendre et ses petits enfants depuis la mort de son mari, c’est-à-dire depuis seize ans. Victoire n’avait donc quasiment pas connu son grand-père maternel. Quand la vieille dame vit sa petite fille entrer, elle lui adressa un grand sourire, puis lui dit:
    - Te voilà donc enfin ! Nous avons eu du mal à faire tenir en place ce petit garnement, dit-elle, en désignant Pierre qui adressa à sa grand-mère un sourire innocent.
    Victoire s’installa à la table, puis dit :
    - J’ai pris un peu de retard. Je suis revenu du lycée avec une nouvelle de ma classe. Elle s’appelle Louise, c’est la nièce de la voisine de Loïc, Lucienne. Elle vient vivre chez sa tante. Ses parents sont restés en Alsace.
    - Je ne savais pas que Lucienne avait une nièce, dit la grand-mère. Elle était avec moi à l’école communale. Elle est bien vieille pour avoir une nièce de ton âge. Mais, c’est possible… Elle est gentille cette petite ?
    - Adorable, dit Victoire tout en mangeant sa crêpe.
    - Victoire, on ne parle pas la bouche pleine, lui fit remarquer sa mère.
    - Désolé. Elles sont bonnes, tes crêpes, maman.
    - Rien ne vaut les crêpes d’une bretonne, tu devrais le savoir tout de même, lui répondit Anne, en adressant un clin d’œil à sa fille.
    Le gouté se prolongea. Le petit Pierre commença à énumérer tout ce qu’il avait fait à l’école, ce jour-là. Victoire ne se lassait pas d’écouter son petit frère. Il était si mignon, ce petit. Malgré sa fascination habituelle pour le petit garçon, peu à peu, la jeune fille sombra dans ses pensées. Elle repensa à sa journée, à l’attitude pénible de Camille, à sa rencontre avec Louise, à sa prise de bec avec Loïc…
    - Tu m’as l’air bien pensive, aujourd’hui, fit remarquer sa grand-mère.
    La vieille dame était une fine observatrice. Souvent, elle observait à la dérobée les personnes de son entourage et en tirait ses propres conclusions. Avec un air entendu, elle dit :
    - Peut-être que tu penses au jeune Kergoat…
    - Grand-mère !
    - C’était juste une question, pas la peine de monter sur tes grands chevaux, je trouve simplement que tu passes beaucoup de temps avec ce jeune homme.
    - Ils ont toujours été inséparables, fit remarqué Anne.
    - Oui, mais ta fille devient une jeune femme, ma chère, dit la vieille dame.
    - Loïc est mon ami. Vous êtes énervants à tous poser cette question ! Comme si un garçon et une fille ne pouvait pas être ami, sans qu’il y ait plus que de l’amitié entre les deux.
    Victoire commençait à en avoir marre des remarques plus ou moins appuyés sur ses relations avec Loïc. Quand ils avaient cinq ans et que les deux enfants passaient leurs journées ensemble, cela ne dérangeait personne. Maintenant qu’ils étaient tous les deux adolescents, tout le monde pensait qu’ils allaient finir par se marier. N’importe quoi ! Ces vieilles mentalités révoltaient la jeune fille. Malgré tout, elle ne pouvait pas vraiment en vouloir à sa grand-mère. C’était plus fort qu’elle, elle voulait toujours tout savoir. Elle décida de changer de sujet et dit à sa mère :
    - J’ai proposé à Louise de sortir avec nous, samedi soir. Comme ça, ça lui changera les idées. Ce ne doit pas être facile d’avoir de la famille si loin. L’Alsace, c’est pas tout près quand même…
    - Tu as bien raison, ma chérie. Je suis sûre que cela lui fera le plus grand bien.
    - Et, Loïc sera avec vous, je présume, lança la vieille dame, d’un air triomphant.
    - Maman ! Victoire t’a dis que c’était seulement un ami, dit Anne, dans l’espoir de ne pas déclencher à nouveau la guerre à table.
    Seule contre tous, la vieille femme se tu et lança un regard vexé à sa fille et sa petite fille. Pierre, quant à lui, jouait avec ses couverts et ne s’était même pas aperçu de ce qui venait de se passer. L’enfant était dans son monde et n’en avait strictement rien à faire des relations ou des sorties de sa sœur ainée. La légère tension qui régnait dans la cuisine disparut lorsque Paul Le Gall, le chef de famille, fit son entrée. Il entra dans la pièce et lança :
    - Ca sent rudement bon par ici, dis donc !
    - J’ai fais des crêpes, s’exclama sa femme. Il en reste, si tu en veux. J’ai réussis à dissuader ton fils de tout avaler, ce qui est quand même un petit exploit.
    - C’est même pas vrai, dit le petit garçon. J’ai le ventre tout plein.
    - Sacré garnement, dit Paul, en passant une main dans les cheveux de son fils.
    Le petit garçon éclata de rire et tenta de recoiffer sa tignasse châtain. Paul s’installa à table et commença à manger. Lorsqu’il eu englouti trois crêpes, il dit :
    - J’ai vu André, ce matin. Nous repartons en mer la semaine prochaine.
    Anne soupira. C’était toujours ainsi. Son mari partait en mer et elle n’avait plus qu’à prier pour qu’il revienne. C’était là le supplice des femmes de marins. Souvent, elle l’accusait de préférer la mer à la femme. Son mari, outré, lui répondait qu’il ne faisait qu’effectuer son métier et ramener de l’argent afin de nourrir sa famille. Oui, il aimait la mer, mais pas autant qu’il aimait sa femme et ses deux enfants. Victoire demanda à son père :
    - Tu seras revenu pour noël ?
    - Bien entendu, je serais revenu bien avant les fêtes !
    - C’est ce que tu disais l’année dernière, pourtant…
    - L’année dernière c’était particulier, répliqua son père d’un ton sec.
    Victoire savait qu’il ne fallait pas qu’elle insiste, son père allait s’énerver, sinon. Elle aurait simplement voulu qu’il prenne un peu plus part à la vie de famille. Cela rendait malheureuse sa mère, elle le savait…
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